En réponse à l’hommage rendu à Abdelghani Bousta par la jeunesse du PADS – Octobre 1998

Cher(e)s camarades,

            Comme vous le savez, j’ai perdu en Abdelghani non seulement un époux, le père de nos enfants mais aussi un camarade et un compagnon de lutte. Nous étions, l’un pour l’autre pendant nos 22 ans d’exil, non seulement des conjoints mais aussi une famille si absente qui nous a manqué. Notre pays nous manquait, notre Parti et la valeur de ce que l’on  pouvait y faire nous manquaient… et, c’est grâce à nos convictions confondues que l’on a pu supporter l’absence.

            A cause de cela, peu d’entre vous l’on côtoyé assez longtemps pour le connaître mais je sais qu’un grand nombre d’entre vous attendait son retour, puis sa guérison comme vous me l’aviez dit. Je sais que vous lui avez reconnu des qualités que d’autres ont sous-estimées. Pour Abdelghani, sa raison d’être était dans le combat que l’on devait mener contre l’injustice sous toutes ses formes, le despotisme dans toutes ses ramifications, contre nous-mêmes et les idées reçues. Ses choix idéologiques et politiques se conjuguaient entièrement avec sa droiture et son comportement quotidien : “ Il n’y a pas de démocratie sans de véritables démocrates ”. La révolution culturelle que chacun de nous devrait faire sur lui-même était indispensable mais ne devait pas handicaper notre parcours. Il était sévère envers lui comme envers les autres : il travaillait sans relâche et a sacrifié sa vie personnelle et professionnelle pour le Parti, pour son combat, pour la démocratie, le Droit et la dignité humaine. Mais il a pu et su, grâce à sa formation scientifique en automation, faire face à ses besoins matériels et à l’éducation de ses enfants : il menait tout de front et avait pour son travail comme pour son engagement une haute idée de la Responsabilité mais non du pouvoir.  – Peu auront compris la différence – Lui, l’a toujours saisie et pratiquée.

Comme je vous l’ai écrit en réponse à votre message de condoléances, j’attendais aussi qu’il guérisse et ne pouvais admettre la fin. Je sais que, par la justesse de son analyse, son intuition politique et son comportement il pouvait apporter beaucoup pour l’avenir de notre pays. On l’a tous perdu ; le vide qu’il a créé sera sûrement ressenti par tous, même ses détracteurs. Mais, en tout cas, sa Mémoire sera toujours là ; dans tout ce qu’il a écrit, dans toutes ses contributions, dans tout ce qu’il n’a pas achevé d’écrire.

            Il nous laissera toujours ce message qu’il rapportait lors du congrès en décembre 93 :

            « Notre patient peuple a mené un flot ininterrompu de combats et de soulèvements, et consenti des flots de larmes et de sang, pour que triomphent ces mêmes objectifs et aspirations. Il continue de les chanter avec le poète populaire qui dit :

Ne te soumets pas, ne baise pas les bras
Continue la résistance, ne te compromets pas
Garde la tête haute, résiste encore et combats
Le drapeau du despote s’incline, résiste encore et combats
Elève ta voix, et revendique par les mots du droit,
Lève bien haut ton étendard
Le droit est de ton côté : à toi la victoire… »

Cher(e)s ami(e)s,

            Nous allons, ici, poursuivre sa route dans les limites de nos capacités et possibilités. La situation de compromission que traverse notre pays l’exige. Sa mémoire, à travers la compilation de ses écrits sera sauvegardée. Il avait créé un site Internet sur le Maroc, il faudra l’enrichir et y introduire toutes les informations nécessaires pour que notre combat ne soit jamais oublié.

Avec toutes mes salutations militantes.

Hayat Berrada Bousta
Octobre 1998