{"id":1743,"date":"2023-06-30T13:18:28","date_gmt":"2023-06-30T11:18:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.que-dire.com\/?p=1743"},"modified":"2023-09-05T19:46:01","modified_gmt":"2023-09-05T17:46:01","slug":"entretien-avec-le-journal-attarik","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.que-dire.com\/index.php\/2023\/06\/30\/entretien-avec-le-journal-attarik\/","title":{"rendered":"Entretien avec le journal Attarik &#8211; 1994"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"framed\"><em>Entr\u00e9e d&rsquo;exil le 24 octobre 1994, des camarades du PADS m&rsquo;ont interview\u00e9e. En introduction de cet \u00e9change<\/em> :  \u00ab\u00a0Parmi les camarades entr\u00e9s d&rsquo;exil en octobre 1994, figurait la camarade Berrada Hayat. Vingt-deux ans loin du pays et de ses proches ne lui ont pas fait oublier sa grande famille, avec tout le d\u00e9vouement que peut consacrer une militante \u00e0 son Parti. A l&rsquo;instar de l&rsquo;accueil r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 tous nos camarades, Hayat \u00e9tait chaleureusement re\u00e7ue par tous les militants et militantes du Parti, venus de toutes les r\u00e9gions \u00e0 la rencontre de nos camarades exil\u00e9s.<br>Elle a r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 ATTARIK une interview que nous publions aujourd&rsquo;hui. Nous l&rsquo;en remercions\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em><strong>Beaucoup de nos militants et militantes ne te connaissent pas, pourtant tu es au Parti depuis longtemps. Pourrais-tu te pr\u00e9senter et expliquer les raisons qui t&rsquo;ont pouss\u00e9e \u00e0 l&rsquo;exil ?<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Certes, beaucoup de militants ne me connaissent pas car, fort heureusement, notre Parti ne cesse de rajeunir. Le rajeunissement et l&rsquo;exigence d&rsquo;une rel\u00e8ve sont garants de la p\u00e9rennit\u00e9 de toute organisation. D&rsquo;autre part, mon parcours militant s&rsquo;est inscrit essentiellement \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger. Essayons de r\u00e9sumer mes 28 ans d&rsquo;engagement.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;annulation du Congr\u00e8s de l&rsquo;U.N.E.M. par les autorit\u00e9s, en 1967, pendant la guerre isra\u00e9lo-arabe, m&rsquo;a montr\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 de se battre pour imposer sa dignit\u00e9. L&rsquo;injustice, la violation des droits les plus \u00e9l\u00e9mentaires, tant au niveau politique que social m&rsquo;ont pouss\u00e9e \u00e0 m&rsquo;engager \u00e0 l&rsquo;U.N.F.P. en 1968.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon engagement politique a \u00e9t\u00e9 li\u00e9 au d\u00e9but, tr\u00e8s \u00e9troitement, \u00e0 mes activit\u00e9s au sein de l&rsquo;U.N.E.M., en particulier \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, comme militante de l&rsquo;U.N.F.P. Jusqu&rsquo;en 71\/72, le Mouvement Syndical \u00e9tudiant \u00e9tait alors \u00ab\u00a0bipolaire\u00a0\u00bb, l&rsquo;U.N.F.P. d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et le P.L.S. de l&rsquo;autre : nous avons tous fait nos premi\u00e8res armes \u00e0 travers les divergences, oppositions, confrontations parfois tr\u00e8s aigu\u00ebs entre militants de Partis divergents. A ce moment-l\u00e0, le Mouvement estudiantin \u00e9tait presque \u00e0 l&rsquo;avant-garde ; en tout cas, il se pla\u00e7ait au-del\u00e0 des Partis politiques et c&rsquo;\u00e9tait la tendance radicale au sein de notre Parti qui avan\u00e7ait ces th\u00e8ses. Quelle que soit la critique que l&rsquo;on peut faire de cette position, il n&rsquo;en demeure pas moins que le Mouvement Estudiantin repr\u00e9sentait une v\u00e9ritable structure d&rsquo;opposition et g\u00eanait le pouvoir. Toutes les tentatives du pouvoir pour liquider ce Mouvement le d\u00e9montrent.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1972, apr\u00e8s avoir eu ma licence de philosophie, \u00e0 Grenoble, je voulais rentrer dans mon pays et m&rsquo;int\u00e9grer dans l&rsquo;Education Nationale pour un poste de professeur de lyc\u00e9e. On m&rsquo;a alors r\u00e9torqu\u00e9 que ces postes \u00e9taient occup\u00e9s par des coop\u00e9rants fran\u00e7ais (m\u00eame non dipl\u00f4m\u00e9s). Quelle qu&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 mon indignation face \u00e0 cette situation d&rsquo;exclusion, et de politique n\u00e9o-coloniale, je n&rsquo;ai pu avoir un poste qui devait me revenir en priorit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu&rsquo;en 1973, suite aux \u00e9v\u00e9nements du 3 mars de la m\u00eame ann\u00e9e, une vague de r\u00e9pression s&rsquo;est abattue contre notre Parti, paralysant toute possibilit\u00e9 de faire entendre la voix de la Justice et de la D\u00e9mocratie, j&rsquo;ai choisi l&rsquo;exil. Pendant ces premi\u00e8res ann\u00e9es, ma famille a \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1980, au moment o\u00f9 l&rsquo;on accordait des passeports \u00e0 un grand nombre d&rsquo;exil\u00e9s, j\u2019ai demand\u00e9 au Consulat l&rsquo;octroi de mon passeport. On me l&rsquo;a refus\u00e9 de mani\u00e8re cat\u00e9gorique. Serais-je rentr\u00e9e alors ? Je ne le pense pas car les conditions minima pour retourner au Maroc n&rsquo;\u00e9taient pas r\u00e9unies : en particulier la lib\u00e9ration des d\u00e9tenus politiques, la reconnaissance de leur existence, le libre retour des exil\u00e9s dans leur patrie et la promulgation d&rsquo;une amnistie g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n\n\n\n<p>Au sein du Parti, les divergences entre les diff\u00e9rentes tendances, d&rsquo;une part et les positions politiques prises par la direction pour imposer des d\u00e9cisions contraires \u00e0 nos orientations et convictions ont amen\u00e9 certains d&rsquo;entre nous \u00e0 cr\u00e9er le Mouvement Option R\u00e9volutionnaire. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 avec d&rsquo;autres \u00e0 l&rsquo;initiative de ce Mouvement, du choix du nom explicite qu&rsquo;on devait lui donner. \u00ab\u00a0Option R\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb, c&rsquo;\u00e9tait non seulement une voie vers la Lib\u00e9ration et la D\u00e9mocratie mais surtout l&rsquo;enracinement dans l&rsquo;Histoire du Mouvement Ittihadi, la vigilance des positions justes et incontournables prises depuis le 2\u00e8me Congr\u00e8s en 62 et la volont\u00e9, partant de l\u00e0, de faire \u00e9voluer ce Parti en tenant compte des r\u00e9alit\u00e9s pr\u00e9sentes mais sans renier ses fondements m\u00eames. Notre combat s&rsquo;inscrivait dans celui de tous les militants, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur comme \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, pour \u00e9purer le Parti du r\u00e9formisme et de l&rsquo;aventurisme. Ces clarifications, qui ne peuvent se faire que dans des conflits parfois \u00e9puisants sont le garant de la r\u00e9ussite des th\u00e8ses fondamentales de notre Parti. Nous devons, \u00e0 tout moment, \u00eatre vigilants face \u00e0 tout d\u00e9tournement.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre Parti a connu diff\u00e9rentes \u00e9tapes et contradictions, au Maroc comme \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger. J&rsquo;\u00e9tais (je pense resterai) de ceux qui se sont toujours battus pour articuler les choix politiques \u00e0 la pratique politique, pour que dans la revendication de l&rsquo;Egalit\u00e9, de la Justice et de la D\u00e9mocratie, l&rsquo;Homme, le militant, adopte le comportement essentiel pour en faire un exemple pour la soci\u00e9t\u00e9. Il ne s&rsquo;agit pas seulement d&rsquo;\u00e9pouser telle ou telle position, il faudrait se donner les moyens et les capacit\u00e9s de la faire aboutir.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne sais pas si ce que je viens de dire contribuera \u00e0 ce que l&rsquo;on me connaisse plus, mais en tout cas ma participation aux d\u00e9cisions du Parti, que j&rsquo;eusse \u00e9t\u00e9 responsable ou militante de base m&rsquo;ont plac\u00e9e au coeur des pr\u00e9occupations parfois tr\u00e8s p\u00e9nibles qui nous ont secou\u00e9s et qui loin de notre pays ont \u00e9t\u00e9, je pense, encore plus difficiles \u00e0 supporter et \u00e0 vivre. Une conviction forte dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&rsquo;un tel combat et le respect de ceux qui lui ont sacrifi\u00e9 leur vie, me gardent dans ma d\u00e9termination \u00e0 continuer.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em><strong>L&rsquo;exil \u00e9tant une torture morale en soi, de quelle mani\u00e8re as-tu v\u00e9cu tes 22 ans d&rsquo;\u00e9loignement de ton pays et de tes proches ?<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui est certain, c&rsquo;est que, pass\u00e9es les premi\u00e8res ann\u00e9es d&rsquo;exil, l&rsquo;impossibilit\u00e9 de rentrer dans son pays, de participer avec ses camarades et ses proches \u00e0 tous les \u00e9v\u00e9nements qui traversent notre pays, laissent des marques morales et psychologiques : ce n&rsquo;est pas la solitude dans une prison, qui est aussi une torture morale, suite \u00e0 la torture physique. C&rsquo;est la solitude dans la foule. C&rsquo;est l&rsquo;impression, progressivement que nous \u00e9chappent notre identit\u00e9 sociale marocaine, et surtout nos rep\u00e8res d&rsquo;origine sans que l&rsquo;on ne puisse rien faire. Vingt deux ans d&rsquo;exil, cela use psychologiquement. Cependant, je pense \u00eatre une privil\u00e9gi\u00e9e, car bon nombre d&rsquo;exil\u00e9s qu&rsquo;ils soient ou non au Parti, n&rsquo;ont pas eu les conditions o\u00f9 je me trouve pour affronter l&rsquo;exil : certains ont connu de v\u00e9ritables perturbations psychologiques, car ce genre de solitude peut rendre parano\u00efa lorsqu&rsquo;on n&rsquo;a pas la possibilit\u00e9 de se d\u00e9centrer, d&rsquo;avoir des occupations professionnelles, des responsabilit\u00e9s familiales&#8230; Je pense avoir devanc\u00e9 la crainte de ces situations. J&rsquo;ai choisi, malgr\u00e9 de r\u00e9elles difficult\u00e9s mat\u00e9rielles, de poursuivre mes \u00e9tudes et la recherche pour une th\u00e8se de 3\u00e8me cycle, de construire une identit\u00e9 familiale, sociale, puis professionnelle, tout en continuant \u00e0 poursuivre mon engagement politique. Cependant, m\u00eame si l&rsquo;on d\u00e9passe ou r\u00e9sout ces probl\u00e8mes mat\u00e9riels, l&rsquo;injustice de l&rsquo;exil est une pr\u00e9occupation quotidienne. M\u00eame si j&rsquo;ai pu m&rsquo;ins\u00e9rer en France, le besoin de vivre dans mon pays est indiscutable. Ne pas pouvoir le faire, a \u00e9t\u00e9 effectivement, une torture morale. M\u00eame aujourd&rsquo;hui, je n&rsquo;ai pas encore r\u00e9alis\u00e9 que je pouvais rentrer dans mon pays car pendant 22 ans, pratiquement tous les jours, j&rsquo;ai esp\u00e9r\u00e9 que l&rsquo;exil prendra fin gr\u00e2ce aux combats que l&rsquo;on m\u00e8ne pour les Droits de l&rsquo;Homme.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 l&rsquo;\u00e9loignement de mes proches, il m&rsquo;est difficile d&rsquo;en parler longuement car cela a \u00e9t\u00e9, pour moi, tr\u00e8s difficile de me s\u00e9parer d&rsquo;une famille, dont tous les membres, en dehors des rapports affectifs ont une notion tr\u00e8s pouss\u00e9e du respect, de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, de la communication&#8230; Mais le plus dur, dans ce parcours d&rsquo;exil, a \u00e9t\u00e9, incontestablement, la mort de mon p\u00e8re, 6 mois apr\u00e8s mon exil ; \u00e0 la col\u00e8re contre l&rsquo;injustice qui me maintenait en exil se profilait la culpabilit\u00e9 de s&rsquo;\u00eatre exil\u00e9e et de ne pas \u00eatre pr\u00e8s de lui : c&rsquo;est cela, la torture morale.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd&rsquo;hui encore, malgr\u00e9 ce libre retour dans mon pays, les s\u00e9quelles de l&rsquo;exil persistent par ses cons\u00e9quences mat\u00e9rielles et morales : quelle r\u00e9int\u00e9gration \u00e9conomique dans son pays apr\u00e8s 22 ans, apr\u00e8s avoir r\u00e9alis\u00e9 en France sa vie professionnelle ? Quel avenir pour ses enfants, n\u00e9s en France et n&rsquo;ayant jamais connu leur pays, m\u00eame pendant des vacances ?&#8230; et enfin, comment rattraper cette longue absence avec ses proches&#8230; On peut tourner une page, peut-\u00eatre&#8230; mais on ne peut l&rsquo;arracher : la M\u00e9moire est l\u00e0 pour le rappeler \u00e0 tous.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em><strong>Hayat, tu es militante, m\u00e8re active et \u00e9pouse. Comment arrives-tu \u00e0 concilier entre tes obligations militantes, professionnelles et familiales .<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui permet \u00e0 chacun de concilier entre toutes ses responsabilit\u00e9s, c&rsquo;est un certain \u00e9quilibre impliquant ses proches dans tous ses choix. Les enfants, par le respect du choix que nous avons fait arrivent \u00e0 se prendre en charge et facilitent nos responsabilit\u00e9s familiales. Certes, loin de ses proches, nous avons \u00e0 faire face \u00e0 tout, sans aucune aide ext\u00e9rieure, mais je crois n&rsquo;\u00eatre pas la seule. Toute personne, surtout loin de son pays a du mal \u00e0 assurer toutes ces obligations. J&rsquo;exerce un emploi qui rentre, \u00e0 certain titre, dans mes pr\u00e9occupations et convictions personnelles sur le mieux-\u00eatre de tout individu : je dirige un centre de formation qui s&rsquo;occupe des personnes en grandes difficult\u00e9s, ayant perdu toute confiance et voulant retrouver leur dignit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Rajoutons \u00e0 cela, qu&rsquo;il y a plusieurs formes de militantisme et l&rsquo;on doit s&rsquo;adapter \u00e0 celle qui nous permet de sauvegarder un \u00e9quilibre pour nous permettre de durer.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em><strong>Depuis quelques d\u00e9cennies, on retrouve la femme dans plusieurs fonctions civiles : ouvri\u00e8re, fonctionnaire, exerce une profession lib\u00e9rale, commer\u00e7ante, pilote de ligne voire m\u00eame chef d&rsquo;entreprise et d\u00e9put\u00e9, n\u00e9anmoins la soci\u00e9t\u00e9 voit encore en elle l&rsquo;\u00eatre mineure. A quoi est due la discordance entre la position de la femme dans l&rsquo;\u00e9conomie et sont statut dans la soci\u00e9t\u00e9 ?<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;existence d&rsquo;une \u00e9lite f\u00e9minine professionnelle ne contribue pas n\u00e9cessairement de mani\u00e8re automatique \u00e0 se d\u00e9barrasser d&rsquo;une id\u00e9ologie patriarcale : on ne peut pas changer les mentalit\u00e9s comme on change de poste de travail. L&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 entre les sexes persiste m\u00eame dans les pays \u00ab\u00a0industrialis\u00e9s\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0d\u00e9mocratiques\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0d\u00e9velopp\u00e9s\u00a0\u00bb. En France, par exemple, si en Droit on peut affirmer que la Femme est \u00e9gale \u00e0 l&rsquo;Homme, cela ne se traduit pas dans les faits et particuli\u00e8rement au niveau de la formation et de l&#8217;emploi.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;autre part, m\u00eame s&rsquo;il y a d\u00e9veloppement socio-\u00e9conomique dans un pays, m\u00eame si l&rsquo;on est, actuellement dans une \u00e8re de d\u00e9veloppement (et m\u00eame de r\u00e9volution) technologique important, les mentalit\u00e9s, les habitudes culturelles n&rsquo;\u00e9voluent pas de la m\u00eame mani\u00e8re. En g\u00e9n\u00e9ral, il y a toujours un d\u00e9calage entre l&rsquo;\u00e9volution \u00e9conomique et l&rsquo;\u00e9volution des mentalit\u00e9s. Ce que Toffler a voulu montrer en 1973 dans \u00ab\u00a0le choc du futur\u00a0\u00bb c&rsquo;est justement la difficult\u00e9 que les Hommes ont \u00e0 s&rsquo;adapter, \u00e0 suivre le d\u00e9veloppement trop rapide de la technologie.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, pour en revenir \u00e0 la probl\u00e9matique de la femme, l&rsquo;id\u00e9ologie dominante f\u00e9odale ou bourgeoise fait sournoisement plus de d\u00e9g\u00e2ts peut-\u00eatre que la politique socio-\u00e9conomique entretenue. Elle laisse des traces ind\u00e9l\u00e9biles. L&rsquo;\u00e9volution du statut professionnel de la femme sera plus rapide que celle des mentalit\u00e9s. La discordance dont tu parles se situe l\u00e0. Cependant, d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre, cette \u00e9volution contribuera \u00e0 long terme \u00e0 changer les relations hommes-femmes. En Occident, certaines in\u00e9galit\u00e9s n&rsquo;ont pu s&rsquo;estomper que gr\u00e2ce au combat que les peuples (hommes et femmes) ont pu mener contre l&rsquo;autocratie, l&rsquo;injustice et pour les Droits de l&rsquo;Homme. C&rsquo;est dans ce cadre que se situe la reconnaissance des droits de la Femme. <br>Mais le changement des mentalit\u00e9s ne peut s&rsquo;op\u00e9rer que gr\u00e2ce \u00e0 un combat quotidien sur nous-m\u00eames au del\u00e0 du combat politique pour la justice sociale.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a certes, n\u00e9cessit\u00e9 de lutter pour la reconnaissance des droits des  femmes, mais c&rsquo;est au niveau de la structure culturelle et mentale que le plus gros travail doit \u00eatre fait. Il doit se faire par et pour la soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re. Cependant, le r\u00f4le des militants politiques de gauche doit, dans ce domaine, montrer l&rsquo;exemple. M\u00eame si beaucoup de militant(e)s reconnaissent politiquement et socialement l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre les sexes, ont-ils (elles) v\u00e9ritablement chass\u00e9 les s\u00e9quelles de l&rsquo;\u00e9ducation f\u00e9odale ? Le probl\u00e8me se pose pour la femme comme pour l&rsquo;homme. Est-ce que nous, les femmes, avons trouv\u00e9 les moyens les plus convaincants pour imposer cette \u00e9galit\u00e9 dans les moeurs ? N&rsquo;y a t&rsquo;il pas eu dans l&rsquo;histoire, de notre part, des r\u00e9actions impulsives face \u00e0 cette injustice flagrante qui nous a port\u00e9es parfois \u00e0 faire de l&rsquo;anti-masculinit\u00e9 et \u00e0 reproduire, dans un autre sens, l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 femme-homme ?<\/p>\n\n\n\n<p>Je vais peut-\u00eatre choquer certaines personnes, mais je pense que pour les hommes, se d\u00e9barrasser de toute une \u00e9ducation patriarcale qui leur \u00e9tait favorable est une d\u00e9marche difficile et continue sur eux-m\u00eames et \u00e0 travers laquelle ils doivent se remettre en cause. Il est n\u00e9cessaire pour la D\u00e9mocratie qu&rsquo;ils la m\u00e8nent, et les efforts conjugu\u00e9s avec les femmes dans toutes les structures existantes contribueront \u00e0 la faciliter. Mais, nous-m\u00eames, au niveau id\u00e9ologique, n&rsquo;avons-nous pas \u00e0 nous remettre en cause dans certaines approches de la probl\u00e9matique de la Femme ?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em><strong>Depuis les ann\u00e9es 80, on per\u00e7oit un renouveau dans le mouvement f\u00e9minin au Maroc. Seulement, une constatation s&rsquo;impose, le mouvement reste l&rsquo;apanage d&rsquo;une \u00e9lite. Quelles en seraient les raisons selon toi ?<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Tout d&rsquo;abord, je tiens \u00e0 te dire que personnellement, je n&rsquo;ai jamais fait partie d&rsquo;un mouvement f\u00e9minin que ce soit au Maroc ou en France. Je pense que ces Mouvements ont toujours contribu\u00e9 \u00e0 faire avancer des revendications n\u00e9cessaires pour la reconnaissance des Droits de la Femme, quelles que soient les orientations des uns ou des autres. Cependant, je n&rsquo;ai pas eu personnellement, d&rsquo;aptitudes \u00e0 m&rsquo;investir dans ces Mouvements sp\u00e9cifiques. C&rsquo;est peut-\u00eatre une erreur&#8230; mais je me suis investie dans mon parcours politique, dans des structures syndicales, politiques et m\u00eame associatives sur des questions globales. Je crois que chacun d&rsquo;entre nous ressent des motivations ou des aptitudes dans un domaine plus que dans un autre et que ce n&rsquo;est pas le fait d&rsquo;\u00eatre femme qui va d\u00e9terminer n\u00e9cessairement le cadre de notre engagement.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 ta question, je vais me permettre une approche th\u00e9orique : la prise de conscience de l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 entre les hommes et les femmes, et l&rsquo;expression de celle-ci de mani\u00e8re publique, en remettant en cause la domination id\u00e9ologique ne peut, \u00e0 mon avis, au Maroc, n&rsquo;\u00eatre l&rsquo;oeuvre que d&rsquo;une \u00ab\u00a0\u00e9lite\u00a0\u00bb. Cependant, lorsque ce Mouvement commence \u00e0 prendre de l&rsquo;\u00e2ge, on est en droit de s&rsquo;arr\u00eater sur ta question ; le Mouvement est peut-\u00eatre rest\u00e9 dans des approches plus th\u00e9oriques que pratiques et n&rsquo;a pas pu toucher une grande masse de femmes pr\u00e9occup\u00e9es par les soucis quotidiens de vie ou survie ? La relation aux masses, la sensibilisation sur ces questions, l&rsquo;implication des hommes dans ce combat, n&rsquo;a peut-\u00eatre pas rassembl\u00e9 toutes les volont\u00e9s n\u00e9cessaires (masculines comme f\u00e9minines), car, pour certains, ce n&rsquo;est \u00ab\u00a0que le probl\u00e8me des femmes\u00a0\u00bb&#8230; c&rsquo;est encore une fois, une question \u00e9ducative.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour int\u00e9resser toutes les couches sociales \u00e0 un combat pour l&rsquo;Egalit\u00e9 entre les hommes et les femmes, il faudrait trouver des formes de travail, d&rsquo;ouverture qui r\u00e9pondent aux attentes des gens, ind\u00e9pendamment de leurs convictions politiques. Pour que des Mouvements travaillent comme associations de masse, il est n\u00e9cessaire de prendre en compte une certaine autonomie. Ces associations n&rsquo;ont-elles pas souvent travaill\u00e9 dans \u00ab\u00a0l&rsquo;ombre\u00a0\u00bb des Partis politiques?<\/p>\n\n\n\n<p>Mais encore une fois, ce sont l\u00e0 des interrogations que je pose plus que des positons arr\u00eat\u00e9es par rapport \u00e0 ta question : mon absence d&rsquo;engagement dans ce Mouvement ne me permet pas d&rsquo;avoir tous les \u00e9l\u00e9ments r\u00e9els pour une bonne \u00e9valuation.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em><strong>D&rsquo;apr\u00e8s toi, quels seraient les axes et les formes que doit prendre l&rsquo;action du mouvement f\u00e9minin marocain, dans les conditions actuelles de la soci\u00e9t\u00e9 ?<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je reprendrai ce que je viens de dire : ouverture vers un programme r\u00e9pondant aux attentes de nombreuses femmes, quelles que soient leur fonction dans la soci\u00e9t\u00e9 ; Actions socioculturelles pour int\u00e9resser les femmes et les hommes \u00e0 cette question (alphab\u00e9tisation &#8211; insertion socio-personnelle &#8211; \u00e9ducation des enfants&#8230;). Rassembler toutes les volont\u00e9s et les sensibilit\u00e9s oeuvrant pour les Droits humains  car c&rsquo;est dans ce cadre que se pose la probl\u00e9matique de la Femme. Donner au Mouvement de la femme toute sa dimension associative ind\u00e9pendamment des Partis politiques et dans le respect des convictions de chacun.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em><strong>Comment la femme immigr\u00e9e se d\u00e9fend-elle entre les lois et pratiques de sont pays &#8211; le Maroc &#8211; et celles du pays d&rsquo;accueil ? Et avec ses enfants, quelle r\u00e9action a-t-elle ?<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il faut noter qu&rsquo;auparavant, la femme immigr\u00e9e \u00e9tait absente des d\u00e9bats sur l&rsquo;immigration. Depuis 1975, avec les mesures politiques sur le regroupement familial, elle devient incontournable. D&rsquo;autre part, la mont\u00e9e de l&rsquo;int\u00e9grisme musulman en France et ses exc\u00e8s, aura eu pour effet, paradoxalement, d&rsquo;attirer l&rsquo;attention vers elle, sur sa situation tant en France que dans son pays d&rsquo;origine. Mais, m\u00eame si elle n&rsquo;est plus ignor\u00e9e, les difficult\u00e9s qu&rsquo;elle rencontre sont loin de s&rsquo;att\u00e9nuer : ce sont celles que connaissent toutes les familles immigr\u00e9es sant\u00e9 &#8211; logement &#8211; scolarit\u00e9 des enfants &#8211; formation &#8211; emploi&#8230; <br>En France, la politique de l&rsquo;immigration et les pratiques qui en d\u00e9coulent sont scandaleuses : rejet, x\u00e9nophobie, in\u00e9galit\u00e9 de fait, \u00ab\u00a0chasse aux faci\u00e8s\u00a0\u00bb en contradiction flagrante avec les Droits de l&rsquo;Homme et du citoyen. <br>On tente de masquer les v\u00e9ritables responsables de la crise socio-\u00e9conomique en faisant des amalgames archa\u00efques et en tentant de faire supporter les raisons et les effets de la crise sur l&rsquo;immigration. C&rsquo;est dans ce climat que se situent certaines in\u00e9galit\u00e9s flagrantes par rapport \u00e0 la femme, en particulier \u00e0 travers les conventions bilat\u00e9rales. Deux exemples :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>L&rsquo;entr\u00e9e et le s\u00e9jour : les femmes rejoignantes sont tributaires du s\u00e9jour de leurs maris. Ainsi, s&rsquo;il y a divorce ou d\u00e9c\u00e8s, celle-ci peut se retrouver en situation irr\u00e9guli\u00e8re. Les jeunes filles de moins de 18 ans, n\u00e9es en France et ayant acquis la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise sont sous le joug du p\u00e8re qui, s&rsquo;il veut, pendant les vacances, les marier au Maroc, ne leur permet pas de retourner en France. La situation est pire pour les alg\u00e9riennes ; il faut mesurer le drame que vivent toutes ces femmes lorsqu&rsquo;on connait la situation actuelle en Alg\u00e9rie.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>La polygamie : alors que celle-ci est consid\u00e9r\u00e9e comme un d\u00e9lit dans la juridiction fran\u00e7aise, le Conseil d&rsquo;Etat reconna\u00eet souvent implicitement le droit au s\u00e9jour de la seconde \u00e9pouse ; cela autorise, en fait, certains de se remarier pendant les vacances au Maroc, souvent \u00e0 l&rsquo;insu de leur femme, rest\u00e9e en France.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Au del\u00e0 de cet aspect juridique et face \u00e0 ces obstacles communs \u00e0 l&rsquo;immigration, la femme affronte d&rsquo;autres difficult\u00e9s, alors que, comme on l&rsquo;a dit plus haut, son statut personnel la met souvent dans une situation pr\u00e9caire:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>l&rsquo;isolement : elle est souvent au foyer, ne conna\u00eet pas ses droits, est tributaire du malaise du conjoint (ch\u00f4mage, incertitude sur l&rsquo;avenir, parfois violence&#8230;) : elle vit l&rsquo;\u00e9loignement de sa famille de mani\u00e8re plus forte que le conjoint.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>les relations avec ses enfants : certains enfants, n\u00e9s en France, ne connaissent pas leur langue maternelle. en revanche, la m\u00e8re ne parle pas le fran\u00e7ais. Ainsi, la communication m\u00e8re-enfant, \u00e0 travers l&rsquo;handicap linguistique, a souvent eu des effets n\u00e9gatifs sur la reconnaissance, la valorisation de la m\u00e8re aux yeux des enfants. Cependant, en ce qui concerne la femme maghr\u00e9bine depuis les ann\u00e9es 80, elle a su d\u00e9passer cette situation en trouvant un \u00e9quilibre relationnel qui marque sont autorit\u00e9 maternelle sur l&rsquo;enfant.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 ces situations difficiles, on peut noter une r\u00e9elle \u00e9volution dans le comportement des femmes :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>En ce qui concerne l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la formation et \u00e0 l&#8217;emploi, on peut remarquer une nette \u00e9volution dans la d\u00e9marche des femmes, conscientes qu&rsquo;elles doivent se prendre en charge en raison de l&rsquo;incertitude de l&#8217;emploi du conjoint.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Certaines jouent un r\u00f4le tr\u00e8s actif dans le Mouvement associatif pour contribuer \u00e0 l&rsquo;am\u00e9lioration des conditions de vie de leurs compatriotes et \u00e0 des actions d&rsquo;insertion des populations \u00e9trang\u00e8res ; certes, ce sont souvent des femmes ayant suivi des \u00e9tudes universitaires. Mais, dans la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration, m\u00eame parmi des jeunes en \u00e9chec scolaire, les jeunes filles participent \u00e0 des actions associatives permettant une meilleure connaissance des situations que vivent les femmes immigr\u00e9es. Elles contribuent \u00e0 faire, d\u00e8s lors, \u00e9voluer certains comportements masculins.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em><strong>Pour la plupart, la femme immigr\u00e9e refuse l&rsquo;int\u00e9gration dans le pays d&rsquo;accueil. Comment vit-elle ce refus ?<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je ne le pense pas. Il s&rsquo;agit de savoir ce que l&rsquo;on entend par \u00ab\u00a0int\u00e9gration\u00a0\u00bb. Si c&rsquo;est l&rsquo;assimilation : hommes et femmes immigr\u00e9s ne peuvent l&rsquo;approuver. A l&rsquo;exception de certains jeunes de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration qui se consid\u00e8rent fran\u00e7ais \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Si c&rsquo;est l&rsquo;insertion : \u00e0 savoir la reconnaissance du pays d&rsquo;accueil dans le respect de sa propre culture, la majorit\u00e9 \u00ab\u00a0fonctionne\u00a0\u00bb de cette mani\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut souligner que pour plusieurs d&rsquo;entre elles, ayant v\u00e9cu referm\u00e9es sur elles-m\u00eames au Maroc, la France leur permet de s&rsquo;ouvrir \u00e0 d&rsquo;autres, d&rsquo;oser entreprendre, de sortir&#8230; Elles doivent faire diff\u00e9rentes d\u00e9marches administratives, accompagner leurs enfants \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, contacter les chefs d&rsquo;\u00e9tablissement&#8230; Elles ne le faisaient pas n\u00e9cessairement au Maroc. Elles sont certes, confront\u00e9es \u00e0 de r\u00e9elles difficult\u00e9s, mais la n\u00e9cessit\u00e9 de les d\u00e9passer leur donne un r\u00f4le actif, autonome qui n&rsquo;est pas n\u00e9gligeable. Elles ont des droits qu&rsquo;elles apprennent \u00e0 d\u00e9fendre et \u00e0 imposer.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne faut pas oublier que le choix d&rsquo;\u00e9migrer est li\u00e9 aux difficult\u00e9s socio-\u00e9conomiques dans notre pays : probl\u00e8me d&#8217;emploi, de couverture sociale, de conditions de scolarit\u00e9&#8230; Or, les structures de sant\u00e9 et de scolarit\u00e9 en France sont plus avantageuses qu&rsquo;au Maroc et elles en b\u00e9n\u00e9ficient tant pour elles que pour leurs enfants. Je ne pense pas que la plupart d&rsquo;entre elles refuse de rester dans le pays d&rsquo;accueil.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a certes, des difficult\u00e9s d&rsquo;adaptation qui, au d\u00e9but, les incitent \u00e0 vouloir rentrer chez elles. Certes, il y a un manque de chaleur familiale et sociale, mais la part active qu&rsquo;elles prennent dans les d\u00e9cisions et l&rsquo;organisation de la famille compense ce manque.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em><strong>Dans la constitution de 1992, comme dans celles qui l&rsquo;ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e, le mot citoyenne ne figure pas explicitement. Que devrait signifier la citoyennet\u00e9 pour la femme ?<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Que la constitution de 92 ne soit pas explicite sur cette question, n&rsquo;est pour moi, pas \u00e9tonnant. Le Maroc n&rsquo;est pas encore un Etat de Droit. Alors, sur la femme&#8230; Cependant, la citoyennet\u00e9 n&rsquo;a pas de sexe. C&rsquo;est un droit inali\u00e9nable pour toute personne. A l&rsquo;aube du 21\u00e8me si\u00e8cle, je trouve que ce sont l\u00e0 des questions qui devraient \u00eatre r\u00e9solues et int\u00e9gr\u00e9es d\u00e9finitivement.<\/p>\n\n\n\n<p>Et, au del\u00e0 de la question de la femme, la citoyennet\u00e9 est loin d&rsquo;\u00eatre reconnue pour tous, hommes et femmes confondus. <br>Etre citoyen \u00e0 part enti\u00e8re c&rsquo;est avoir le droit d&rsquo;exprimer librement ses opinions et ses choix, c&rsquo;est participer aux d\u00e9cisions locales comme nationales, c&rsquo;est avoir la possibilit\u00e9 de demander des comptes \u00e0 ceux qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9lus pour nous repr\u00e9senter. Or, au Maroc, les \u00e9lections sont truqu\u00e9es, falsifi\u00e9es et sont souvent le r\u00e9sultat de tractations multiples. La notion de citoyennet\u00e9 est loin d&rsquo;\u00eatre acquise. <br>C&rsquo;est dans l&rsquo;\u00e9quilibre entre les Droits et les Devoirs que l&rsquo;on situe la citoyennet\u00e9 : o\u00f9 en sont donc les Droits au Maroc ? Sache, cependant, que m\u00eame dans les pays \u00ab\u00a0d\u00e9mocratiques\u00a0\u00bb, l&rsquo;Etat de Droit inscrit explicitement au niveau des textes cette citoyennet\u00e9 ; mais, dans les faits, elle n&rsquo;est pas encore appliqu\u00e9e. Pourquoi ? Car la citoyennet\u00e9 ne peut \u00eatre r\u00e9alis\u00e9e et s&rsquo;exercer pleinement que dans une D\u00e9mocratie v\u00e9ritable o\u00f9 elle a une signification identique pour l&rsquo;homme comme pour la femme, dans les textes comme dans les faits. L&rsquo;\u00e9galit\u00e9 de Droit entre l&rsquo;homme et la femme, la reconnaissance id\u00e9ologique et sociale de cette \u00e9galit\u00e9 par tous (hommes et femmes) dans le respect de la diff\u00e9rence naturelle entre les deux sexes, diff\u00e9rence qui n&rsquo;implique pas une domination de l&rsquo;une sur l&rsquo;autre et vice-versa est un combat qui s&rsquo;inscrit dans celui que toute personne, \u00e9prise de justice, d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et de paix doit mener. Ne pas reconna\u00eetre la citoyennet\u00e9 de quelqu&rsquo;un, c&rsquo;est non seulement ne pas reconna\u00eetre la dignit\u00e9 de l&rsquo;individu quel qu&rsquo;il soit mais c&rsquo;est aussi renier la sienne.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em><strong>Un mot pour conclure ?<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;esp\u00e8re que ce n&rsquo;est pas parce que je suis une femme que tu me poses ces questions sp\u00e9cifiques, car je suis persuad\u00e9e que certains militants pourront te donner des r\u00e9ponses plus compl\u00e8tes tant sur leurs difficult\u00e9s \u00e0 assumer plusieurs responsabilit\u00e9s \u00e0 la fois que sur leur approche de la probl\u00e9matique de la femme. <br>Aussi, pour conclure, j&rsquo;aimerai reprendre certaines convictions sur ce sujet : si le combat pour la reconnaissance des droits de la femme touche essentiellement celle-ci (statut personnel, injustice, m\u00e9pris&#8230;), ces questions s&rsquo;inscrivent dans le combat que l&rsquo;on doit mener pour l&rsquo;instauration d&rsquo;une v\u00e9ritable d\u00e9mocratie, seule garante d&rsquo;un juste \u00e9quilibre entre les personnes. Lorsqu&rsquo;on parle de D\u00e9mocratie, d&rsquo;Etat de Droit&#8230; ce n&rsquo;est pas seulement au niveau social, politique et \u00e9conomique, mais (et, je dirai surtout) au niveau id\u00e9ologique. Il n&rsquo;est pas facile de se d\u00e9barrasser des s\u00e9quelles d&rsquo;une \u00e9ducation patriarcale ou bourgeoise, une \u00e9ducation qui, pendant des si\u00e8cles a instaur\u00e9 la domination de classe certes, mais aussi la domination masculine. Se d\u00e9sali\u00e9ner de tout cela, n\u00e9cessite un combat permanent : pour les hommes comme pour les femmes, un combat contre toutes les in\u00e9galit\u00e9s mais aussi un combat sur nous-m\u00eames, sur les habitudes enracin\u00e9es du pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est le combat que doit mener notre Parti et ses militants et qui doit s&rsquo;inscrire dans notre comportement quotidien. Encore une fois, il ne s&rsquo;agit pas de soutenir un choix politique et id\u00e9ologique juste sans adapter l&rsquo;homme \u00e0 ce choix ; le socialisme ne peut pas se construire en maintenant les structures mentales du pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le changement de ces structures est l&rsquo;oeuvre des femmes comme des hommes, il est l&rsquo;oeuvre du citoyen, jaloux d&rsquo;un avenir de justice, d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et de paix. Il faut mettre en commun toutes les synergies possibles, quelles que soient les appartenances politiques des uns ou des autres pour faire avancer non seulement la justice sociale et politique mais aussi nos propres comportements pour que notre jeunesse actuelle et \u00e0 venir \u00e9volue dans un Maroc libre, ind\u00e9pendant et d\u00e9mocratique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\" style=\"font-size:14px\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entr\u00e9e d&rsquo;exil le 24 octobre 1994, des camarades du PADS m&rsquo;ont interview\u00e9e. En introduction de cet \u00e9change : \u00ab\u00a0Parmi les camarades entr\u00e9s d&rsquo;exil en octobre 1994, figurait la camarade Berrada Hayat. Vingt-deux ans loin du pays et de ses proches ne lui ont pas fait oublier sa grande famille, avec tout le d\u00e9vouement que peut &#8230; <a title=\"Entretien avec le journal Attarik &#8211; 1994\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/www.que-dire.com\/index.php\/2023\/06\/30\/entretien-avec-le-journal-attarik\/\" aria-label=\"En savoir plus sur Entretien avec le journal Attarik &#8211; 1994\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[17],"tags":[],"class_list":["post-1743","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-droits-des-femmes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.que-dire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1743","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.que-dire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.que-dire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.que-dire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.que-dire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1743"}],"version-history":[{"count":13,"href":"https:\/\/www.que-dire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1743\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3239,"href":"https:\/\/www.que-dire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1743\/revisions\/3239"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.que-dire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1743"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.que-dire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1743"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.que-dire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1743"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}