Message à la jeunesse du PADS pour l’Université d’été qu’elle organisait à Mohammadia du 25 au 31 juillet 2011, 6 mois après le soulèvement du 20 février de la même année.
Chers(es) camarades et amis(es),
Je vous salue et regrette de ne pas pouvoir être parmi vous lors de cette université d’été. C’est avec émotion que j’ai appris que vos travaux ont été organisés en hommage à Abdelghani qui nous a quittés le 21 septembre 1998 et je vous en suis très reconnaissante d’autant qu’il disait souvent que c’est par et avec la jeunesse qu’un Parti évolue et concrétise ses principes fondamentaux.
Cette initiative est d’autant plus importante qu’elle se tient en ces moments de manifestation du peuple marocain mais aussi de tous les peuples arabes et de méditerranée pour imposer une véritable démocratie.
Le Mouvement du 20 février initié , développé et porté par plusieurs de nos jeunes marque sans conteste un tournant dans l’éveil et la prise de conscience de la nécessité du combat pour la liberté, la justice, le droit et la citoyenneté véritable.
Ce sont ces principes fondamentaux de la dignité humaine que bien de nos chers disparus ont défendu de manière permanente. S’ils étaient toujours parmi nous, ils auraient incontestablement rejoint et applaudi cet enthousiasme que vit notre pays.
Certes, c’est à eux et à Abdelghani que je pense en ces moments et vos engagements sont, sans conteste, au niveau de nos espérances. Merci à vous, à votre persévérance et à votre maturité.
Cette « université d’été » de la jeunesse du PADS est non seulement un moment important de partage mais constitue aussi un laboratoire de la démocratie tant au niveau de la pensée mais surtout de la pratique
Comme le disait Abdelghani, « il n’y a pas de démocratie sans démocrate ». Et, pour lui, ces échanges sont des moments formateurs indispensables qui permettent à chacun de revoir ses convictions, de les consolider et les faire évoluer en ne craignant pas de faire le point sur ses erreurs.
Chers(es) camarades et amis(es),
Permettez-moi de partager avec vous, ce jour, cette pensée sur Abdelghani qui fut pour moi non seulement un conjoint mais un camarade de longue date.
Quand Abdelghani arrive en 1969 à Grenoble pour faire une thèse en automation industrielle, ce qui va nous frapper c’est sa générosité, sa tolérance, sa droiture mais aussi son sourire.
Alors très rapidement, certains camarades de l’UNFP, l’ont introduit dans le parti dès son arrivée et par la suite au sein de la tendance armée.
J’étais, depuis un an, militante de l’UNFP. Ce qui va nous rapprocher, était l’enthousiasme et la conviction qu’il fallait agir pour que la politique de non droit change : nous avons partagé des AG houleuses de l’UNEM, des rencontres débat, une grève de la faim lors du procès de Marrakech de 1970 …des contacts avec les personnalités locales, des écrits sur l’UNEM avant de partager nos vies…
Je crois que cette période et l’intensité avec laquelle il a réalisé ses convictions a marqué toute sa trajectoire politique. Il a choisi cette voie, sans concession pour lui, et lui a livré toute sa vie : l’engagement politique était prioritaire, avant non seulement sa profession mais avant sa famille et lui-même : c’est dire que l’intérêt général comptait avant tout. Il s’était préparé au combat politique sans concessions….
On peut dire que jusqu’en 1995, le souci de Abdelghani se déclinait particulièrement en 2 points : rassembler et que faire ?
Il s’attachera en particulier à l’aspect organisationnel comme un des facteurs essentiels dans la mise en place d’un rassemblement de la gauche démocratique car il était persuadé que c’était la seule stratégie pour faire face à l’autocratie.
Si l’on met de côté ses 2 années de clandestinité, il aura toujours œuvré avec d’autres camarades pour l’union de la gauche.
Au nom de « ALIKHTIAR ATTAOURI », la question du rassemblement des forces progressistes était l’une de ses grandes préoccupations : dans différents colloques comme celui d’Athènes en 1979, dans les interviews accordées au journal espagnol PAIS en 1980, les colloques et séminaires à Bruxelles ou Rotterdam.
Les différentes rencontres avec Ben Said et les camarades de 23 Mars puis l’OADP, les rencontres avec Illa Alamam…et avec ses amis de longue date qui n’étaient pas dans la même organisation que lui.
Et, en 1983, au nom de l’USFP CAN ses efforts avec d’autres camarades pour l’union avec Arrabita dont les militants ont contribué à l’orientation du PADS.
Octobre 1994, on rentre au Maroc après près de 22 ans d’exil : progressivement l’aspect idéologique et théorique prendra le pas sur l’organisationnel. C’était alors les questions sur « qui sommes-nous ?ou qui devrions-nous être ? »
Et, pour lui, l’humain devait être au centre de tous nos choix politiques et le rassemblement populaire et démocratique une priorité qui doit installer l’humain devant le politique…
Dans une interview accordée au journal Alyassar Addimocrati en 1996, il disait concernant la nécessité de la constitution d’un Front Uni :
وعند ما نقول إن الإيديولوجية والعقلية الإقطاعية لازالت سائدة في بلادنا ، رغم مظاهر العصرنة » الشكلية ، فإنها فعلا كذلك، ولازلنا نرى مخلفاتها على مستوى العائلة والمدرسة والإدارة والاقتصاد والثقافة السائدة .. وبما أن الحركة التقدمية جزء حي من هذا المجتمع الحي ، بات من الموضوعي أن تعيد إنتاج نسبة من مخلفات النزعة الفردية اللاديمقراطية في داخلها. ولكن رغم الطابع الموضوعي لهذا المعطى ،فليس من المسموح أبدا لأية قوى تعتبر نفسها ديمقراطية أن تستأنس به، أو تقبل به كقدر منزل وبالتالي أن تتسامح في المبادئ الديمقراطية وتتعامل معها بشكل مطاط حسب الطلب كما انه ليس من المسموح للمناضل الذي يتبنى الطرح الديمقراطي ، أن يمارس عكسه مع رفاقه أو أسرته أو في إطار مهنته أو في علاقاته الاجتماعية بصفة عامة ، وإذ نحن نطمح إلى تحقيق الديمقراطية لشعبنا فمن واجبنا أن نبدأ بتطبيقها على أنفسنا أولا وقبل كل شئ، واكبر جهاد نقوم به يوميا هو الجهاد ضد ضعفنا وعاهاتنا ومن اجل إصلاح ذاتنا وتقويم سلوكياتنا ومراقبتها باستمرار. والحركة الديمقراطية لن تستحق صفتها تلك، إلا إذا استطاعت أن تطبق الديمقراطية على نفسها، شكلا ومضمونا ، وبأنجع الصيغ وأكثرها تطورا، وأن تبرز داخل المجتمع كنموذج يحدث القطيعة مع النموذج والعقلية الإقطاعية السائدة
Il approfondit, alors, les fondements démocratiques de cette union et insiste sur la démocratie interne des partis mais aussi sur la nécessité d’un travail que chaque militant devrait faire sur lui-même pour acquérir un comportement de démocrate :
Démocratie et union de la gauche, l’une ne peut se faire sans l’autre car c’est en travaillant ensemble que l’on pratique la démocratie.
En février 1998 concernant la nomination de Youssoufi comme 1er ministre il écrit:
« S’agit-il d’un marché de dupes ? Dans ce cas, les illusions ne tarderont pas à s’évaporer. Le pouvoir absolu réapparaîtra sous son vrai jour, derrière les façades factices »
Pour Abdelghani, c’est ce constat qui rend urgent le rassemblement de la gauche pour la démocratie. Un rassemblement qui tient compte d’une stratégie pour imposer l’Etat de droit, un rassemblement pour « rompre le cercle vicieux: crise politique-crise économique par des réformes démocratiques profondes permettant au pays de saisir sa chance et d’ouvrir la voie du développement et du progrès. »
Aujourd’hui, votre enthousiasme et votre résistance, quels que soient les conséquences de ces combats, a ouvert la voie pour cette chance à saisir.
Chers(es) camarades et amis(es),
La jeunesse du PADS a été, comme plusieurs de ses amis et camarades de toutes les nationalités, complice de Abdelghani dans cet espoir de liberté, de justice et de droit. Elle a souvent témoigné de l’humilité dont il faisait preuve et de sa dimension humaine qui était le fil conducteur de ses convictions et de ses principes de combat pour la dignité humaine.
Si je ne peux être parmi vous à cette université, consciente de ce que cette jeunesse a représenté pour Abdelghani et ce que vous êtes aujourd’hui, engagés dans ce mouvement du 20 février dans un esprit unitaire, je le suis en pensée et souhaite toute la réussite méritée à votre université d’été en espérant avoir le plaisir de vous rencontrer plus tard pour nous permettre de partager nos convictions communes.
Merci à tous pour votre pensée en celui qui était pour moi non seulement un mari mais un camarade de longue date.
Vive l’unité des combats pour la dignité, la liberté, le droit et la justice
Vive cette jeunesse qui, un jour, imposera la lecture de ces principes inhérents à l’humain.
Avec mes salutations militantes et mes amitiés.
Hayat Berrada-Bousta
25 juillet 2011